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vie & œuvre des Peintres
fondateurs de la Renaissance

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Masaccio (1401-1428)

La résurrection
du fils de Théophile
et Saint Pierre en chaire
fresque 232 x 597 com
- détail -

Bien qu'auteur d'un petit nombre d'œuvres, Masaccio le Florentin est un des fondateurs de l'art de la Renaissance.

Tommaso di Ser Giovanni di Mone Cassai, surnommé Masaccio, naît à Castel San Giovanni, près de Florence le 28 décembre 1401. Il meurt à Rome moins de trente années plus tard, sans doute en novembre 1429. Proche des milieux humanistes, protégé et ami du sculpteur Donatello, il impose très rapidement une vision originale qui rompt avec la naïveté médiévale. S'inspirant de la sculpture, il invente un langage pictural appuyé non pas une aptitude à représenter un sujet mais sur un ensemble de techniques : géométrie, chimie des couleurs, anatomie… Masaccio maîtrisera à la perfection la lumière, l'espace et le relief : son travail sur les ombres portées, la perspective et la profondeur de champ, préfigure l'ensemble de la peinture moderne, qu'il influencera pendant plusieurs siècles, jusqu'aux Impressionnistes.

Masaccio, malgré la brièveté de sa carrière (moins de sept années), eut le temps de changer la face de la peinture en plaçant sous son pinceau trois composantes inconnues jusqu’alors : le mouvement, la perspective et la lumière.

Dans son sillage, les peintres italiens emprunteront la voie de la Renaissance…

 
 
Fra Angelico(v. 1387-1455)

le couronnement de la Vierge
retable 213 x 211 cm
- détail -

Guido di Piero, surnommé Fra Giovanni, fut reconnu de son vivant comme un des peintres majeurs du Quattrocento ; il en fut également une des personnalités les plus fascinantes. À la fois humaniste et "saint homme", prêtre et frère dominicain, théologien, il saura unir dans un surprenant paradoxe les valeurs humanistes et la foi chrétienne. Véritable poète de la peinture, il nous laisse une œuvre célébrant la chair et l'âme, le mortel et le sacré.

Le peintre est né à la fin du XIVe siècle (sans doute en 1387) dans le Mugello, vallée proche de Florence. Ses premiers travaux attestés datent de 1417 et 1418. De qui était-il l'élève? Quelle a été sa formation? Rien ne le révèle. On sait de lui son intérêt pour les humanistes florentins : Bruneschelli, qui invente les nouvelles lois de l'architecture; Donatello, qui pose les bases d'un nouvel art de la sculpture; et le jeune Masaccio, qui renouvelle avec tant de force l'idée picturale du modelé et de l'expression de la lumière.

Mais Guido di Piero, au lieu de rejoindre l'école humaniste, s'enferme dans le couvent de San Domenico, à Fiesole : après de longues études théologiques, il prend l'habit blanc et noir de l'Ordre de Saint Dominique sous le nom de Fra Giovanni (frère Jean). Ses premières œuvres sont d'ailleurs signées Frate Giovanni di San Domenico da Fiesole.

Fra Giovanni, surnommé par ses frères l'Angelico, rejoint le monastère de San Marco de Florence en 1438, alors en cours de réhabilitation, et qui abritera l'une des plus prestigieuses bibliothèques du temps, bibliothèque tout à la fois humaniste et théologique. Et dans cet espace méditatif, Fra Angelico réalisera, avec l'aide de ses disciples, l'un des plus beaux cycles de fresques de toute l'histoire de l'art, un cycle de l'incarnation où l'allégorie théologique devient chair et vie, ombres et couleurs.

En effet, Fra Angelico ne limite pas son art à une simple rhétorique de la foi mais exprime également toute la modernité humaniste : il retient de Masaccio le rejet de la fioriture, le naturalisme, la perspective, les jeux d'ombres et de lumière, la singularité des visages… qu'il enveloppe d'une certaine irréalité : paysages lointains, flous, presque abstraits, emploi obsessionnel du blanc…

Il meurt à Rome le 18 février 1455. Le sépulcre de marbre porte son visage, sculpté d'après le masque mortuaire, et une épitaphe en latin, composée par l'humaniste et théologien Lorenzo Valla.

 
Piero Della Francesca(v.1415-1492)

Flagellation

huile sur bois 59 x 82 cm
- détail -

Piero di Benedetto de' Franceschi naît à Borgo San Sepolcro, dans la haute vallée du Tibre, peut-être en 1415. Ses années de jeunesse restent obscures : on ne lui connaît pas de maître ni d'école. Quelques documents attestent de sa présence à Florence vers 1439, aux côtés du peintre Domenico Veneziano, puis à Venise et, en 1451, à Rimini.

Le jeune peintre considère la perspective comme le fondement de son art et son œuvre entière témoigne de ses recherches, appuyées par sa connaissance des mathématiques. Passionné à la fois d'architecture et de nature, il accordera de plus en plus d'importance à ses arrière-plans, au point même d'en faire le sujet principal de son travail. Très influencé par Fra Angelico et surtout Masaccio, il baigne ses peintures d'une lumière pâle, unissant personnages et paysages dans une sorte de transparence.

La plupart de ses peintures font l'objet de longues préparations, notamment dans la composition, souvent complexe, de la scène, qui organise une parfaite synthèse entre la lumière et la nature au sein de laquelle vit l'homme. Ce sera d'ailleurs un des thèmes dominants de son œuvre, presque une obsession.

L'œuvre de Piero Della Francesca, homme habité d'une grande foi, est empreinte de ferveur, d'humanisme et aussi d'un certain mysticisme. Sa palette, aux couleurs atténuées, et ses éclairages mats témoignent d'une unité du monde où spiritualité, paysages et humanité forment un ensemble naturel.

Rapidement reconnu par son travail, il acquiert une grande notoriété dans toute l'Italie et connaîtra une importante activité; malheureusement, beaucoup de ses œuvres ont été détruites (on sait que Raphaël recouvrit une de ses fresques dans un appartement papal du Vatican).

Le livre des morts de la confrérie de San Benedetto, dans sa ville natale, enregistre le décès de "Piero di Benedetto de' Franceschi, peintre célèbre, le 12 octobre 1492".

Il a plus de 80 ans et est aveugle depuis plusieurs années.

 
Bellini (v. 1430-1516)

Portrait du doge Loredan
huile sur bois 61,5 x 45 cm

Grande figure de l'école vénitienne, Giovanni Bellini, dont l'activité artistique couvre près de soixante années, est à la fois porteur d'une vision et d'une technique. Reprenant à son compte la technique flamande de l'huile pure, souvent sur bois, qui permet un trait plus précis et des couleurs moins tranchées, il s'inspire des compositions d'Antonio de Messine, puis découvre le travail de Piero Della Francesca. Ancrée dans le mouvement humaniste, son œuvre entière s'appuie sur un délicat travail de la lumière, qui inspirera plus tard Giorgione et le Titien.

Bellini, s'il s'inscrit dans les préoccupations des peintres et des humanistes de l'époque, est avant tout un peintre moderne. Il s'intéresse à l'architecture comme ses confrères mais délaisse les ruines antiques pour représenter un urbanisme contemporain : villes, remparts, ponts, églises. Cette modernité se traduit également dans une représentation du temps qui passe : ses paysages sont usés, les roches et les montagnes révèlent leurs strates géologiques, les musculatures sont noueuses, sèches, presque minérales, les visages sont pathétiques et marqués.

L'art de Bellini va finalement atteindre un équilibre harmonieux entre le personnage et son milieu. Les lignes et les contours s'estompent, s'adoucissent, et les surfaces et les volumes ont des limites de plus en plus floues et imprécises : c'est la puissance unique de son style : il fond les personnages - paysan, dieu, apôtres, madone ou notable - dans l'arrière-plan grâce à ses éclairages délicats; clartés crépusculaires ou lueurs diaphanes soulignent à peine les volumes, donnent aux paysages un aspect de brume et blanchissent les façades.

L'influence de Bellini fut immense et dépassa le mouvement de la Renaissance, et même les frontières italiennes : Giorgione, Titien, Lotto sont ses meilleurs disciples. Mais son art marqua également les maniéristes tels le Caravage et même l'école crétoise et byzantine. Il laisse au monde un message d'harmonie fondé sur une certaine idée de l'homme qui, conscient de ses limites temporelles, parvient néanmoins à trouver sa place.

 
Carpaccio (v. 1455-v. 1526)

L'Arrivée des ambassadeurs anglais chez le roi de Bretagne
huile sur toile 275 x 589 cm
- détail -

 

 

 


Trois évêques
étude à la plume

Si Vittore Scarpazza, dit Carpaccio, s'inscrit totalement dans le grand mouvement italien de la Renaissance, il en est en même temps une figure solitaire, presque inclassable : ses toiles, d'une verve éblouissante, fourmillent d'anecdotes exprimées avec truculence et humour.

On sait peu de chose de sa vie, et la date même de sa naissance ne peut être établie avec exactitude. Il est le fils d'un fourreur vénitien, et étudie dans sa jeunesse avec le mathématicien Luca Paccioli, élève de Piero Della Francesca. On ignore tout de sa formation artistique, mais il semble avoir eu son propre atelier très tôt.

Élaborant une technique picturale et narrative extrêmement sophistiquée, faites de fuites d'architectures, de perspectives obliques, d'ombres forcées et de lumière artificielles, il détourne subtilement la réalité pour composer des univers à la fois évocateurs et irréels.

Mais son œuvre ne saurait se réduire à un exercice de paysagiste virtuose. Amoureux des plaisirs de la vie, il anime chacune de ses toiles de mille détails insolites et souvent comiques : un petit lapin blanc traverse l'arrière-plan derrière une madone, les auréoles ont un effet grossissant sur le paysage, un violoniste n'a pas d'archet, un livre émerge d'une touffe d'herbes folles… les exemples sont infinis.

Délaissant l'art de la fresque pour celui de la toile peinte, qui permet une plus grande finesse d'exécution, il décrit avec une incroyable minutie ses décors : les palais de marbres, les forêts, les mers hérissées de mâts enveloppent le personnage – une figure pieuse ou aristocratique – comme pour rappeler qu'ils ne sont qu'un élément du monde humain. Cette perception temporelle est encore accentuée dans certaines de ses œuvres, où les symboles de la mort (cadavres, crânes, ossements…) rappellent la vanité de l'existence.

Il est aussi le peintre de l'humanisme, décrivant avec une extrême précision les reliures ouvragées des bibliothèques, insérant fréquemment livres et manuscrits dans ses compostions. Les thèmes littéraires seront pour lui une source d'inspiration non négligeable.

Si son art reflète une grande maîtrise des multiples courants picturaux, dont les écoles florentine et flamande, il est le peintre par excellence de Venise la Sérénissime, dont il sait mieux que quiconque exprimer le faste et la splendeur. Il déploie avec un bonheur évident tout son talent dans ses représentations de la lagune, du Rialto, du Grand Canal ou des palais aux architectures si diverses, qu'il baigne d'une lumière dorée presque divine. Il participera d'ailleurs à la décoration du Palais des Doges.

Il meurt vers 1525.
Par sa méticulosité, il préfigure les écoles védutistes, maniéristes et intimistes de la peinture italienne.

 
Giorgione (v.1478-1510)

les Trois Philosophes
huile sur toile 124 x 145 cm
- détail -


L'Adoration des bergers
panneau 91 x 110 cm
- détail -

L'art de Zorzo da Castelfranco, dit Giorgione, est tout à la fois la synthèse des écoles de la Renaissance et l'expression de leur maturité : influencé par l'école nordique (Dürer, Memling et les peintres flamands), il fut l'élève de Giovanni Bellini et reprit à son compte les théories picturales de Masaccio, de Carpaccio et de Fra Angelico; il sera plus tard le maître du Titien.

Pour son originalité et ses valeurs poétiques, les historiens de l'art font de Giorgione l'égal de Léonard de Vinci, Raphaël, Titien et Michel-Ange. Malgré ce jugement qui le pose parmi les plus grands artistes de la Renaissance, l'histoire est très avare d'informations sur sa vie et ses œuvres, dont le nombre n'atteint pas la trentaine. Il y a un "mystère Giorgione", que d'aucuns qualifient même de "mythe".

La signification de ses œuvres reste obscure et Giorgione, qui s'est semble-t-il peu soucié d'en donner les clés, fait figure de peintre aristocratique évoluant dans un cercle restreint d'érudits et d'intellectuels.

Mais au-delà de cet "hermétisme", sa peinture porte l'empreinte d'une grande spiritualité humaniste et d'une passion pour le réalisme naturaliste : elle se caractérise par une expression accentuée des sentiments et l'attention qu'il porte à la nature transparaît avec une évidence de plus en plus aiguë dans les paysages qui servent d'arrière-plans à de nombreux tableaux.

Giorgione est le grand maître de la lumière, dont il restitue à merveille les nuances jusque dans les moindres détails, grâce à la douceur des tons et des couleurs. L'art de Giorgione aboutit à une vision idéale de la beauté, empreinte de lyrisme et de tendresse, et parfois même d'une mélancolie communicative. Cette révélation d'une condition humaine en accord avec la respiration de la nature se trouvera splendidement mise en œuvre par son disciple Titien.

En 1510, une épidémie de peste s'abat sur Venise : elle sera fatale à Giorgione, emporté en pleine jeunesse.

 
Titien (v. 1490-1576)

Autoportrait
huile sur toile 96 x 75 cm
- détail -

"Comme l'éclat du Soleil l'emporte sur la lumière des étoiles, Titien resplendit plus que tous les autres peintres non seulement d'Italie mais du monde entier."
Gian Paolo Lomazzo
in Trattato dell'arte della pittura
Milan, 1584

Tiziano Vecellio, né à Pieve di Cadore vers 1488-1490, étudie dans ses jeunes années les maîtres du renouveau contemporain que sont Giovanni Bellini et Giorgione. La mort prématurée de ce dernier fait de celui qu'on appelle bientôt Titien son héritier spirituel, appelé ainsi à terminer les œuvres que le maître avait laissées inachevées.

Durant presque un siècle, Titien va régner sur la peinture italienne : son art connaît plusieurs périodes distinctes, dont la première est sans conteste marquée de l'influence de Giorgione : ce sont des œuvres aux couleurs vives, exprimant avec une certaine dramaturgie la relation de l'homme avec la nature. Déjà, la technique est éblouissante : la sûreté du trait et l'intensité de sa palette révèle un véritable tempérament. Ses premières œuvres témoignent de nombreux emprunts : Giorgione bien sûr, mais aussi Giovanni Bellini pour la lumière ou Michel-Ange pour le motif.

Une seconde période, parfois qualifiée d'"olympienne", se caractérise par une vision à la fois documentée et imaginaire des mythes antiques. Titien rencontre la culture humaniste et l'élégance picturale de Bellini et Masaccio. Avec des coloris devenus plus délicats et des lumières crues, il donne à ses sujets une expression concrète, réelle, ancrée dans le temps : ses portraits sont superbes et ses fresques sont remarquablement mises en scène.

Une troisième époque se distingue dans son travail, issue de ses rencontres et de ses voyages. Le style est nouveau, proche du maniérisme, et le motif domine l'œuvre au détriment de la couleur, plus suggestive. Il se fait le témoin de son temps, et montre les passions humaines et la nature secrète des caractères: ses compositions révèlent une grande liberté et une maîtrise absolue des techniques picturales.

La dernière période correspond à son retour définitif à Venise. Titien, à plus de soixante ans, est au faîte de son art. Sa vision devient de plus en plus tourmentée, hantée par la fragilité humaine et le pressentiment de la mort : ses œuvres sont plus sombres, violemment embrasées par des feux d'orages, des soleils couchants ou des incendies. Savamment préparées, les compositions semblent déstructurées, signifiant le pouvoir destructeur des souffrances et des passions humaines. C'est paradoxalement l'époque où le peintre est enfin en paix avec lui-même.

Titien s'affirme comme un des génies de la peinture de la Renaissance dont l'art influencera d'une manière décisive toute l'évolution de la peinture européenne, jusqu'à l'Impressionnisme.

 
 
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