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la Lettre mensuelle de Britannica, février 2005, numéro 2
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histoire de la typographie
caractères gothiques de Gutenberg
Gutenberg, 1455


caractères carolins de Sweynheym et Pannartz
Sweynheym & Pannartz, 1465


caractères de Nicolas Jenson
Nicolas Jenson, 1470

L'invention de l'imprimerie au XVe siècle engendre la typographie : il faut que les lettres soient fabriquées comme des poinçons pour être assemblées en mots, puis en phrases et en pages.

Les poinçons, ou caractères, sont moulés à partir d'un alliage de métal, qui les rend résistants et facilement reproductibles.

Les premiers typographes s'inspirent de l'écriture copiste et des règles de la calligraphie : les caractères sont des minuscules, de forme gothique (dite caroline), compacts et gras; les mots sont peu séparés, et le texte s'aligne sans rupture. ils gardent également l'usage des ligatures (liaisons graphiques des lettres comme l'œ de œil) et des contractions (réduction d'un ou plusieurs mots en quelques lettres, comme par exemple etc pour et cetera). Les premiers ouvrages demandaient parfois jusqu'à 200 caractères différents, pour un alphabet de 25 lettres (nous sommes au XVe siècle!) et quelques signes de ponctuation.

Bien vite, dans le sillage de l'humanisme italien, s'instaure une véritable conception de la typographie : c'est l'écriture humanistique. Il s'agit d'une combinaison entre les capitales romaines (majuscules) et une version simplifiée des minuscules. La forme gothique est rapidement abandonnée.

Les pionniers de la forme romaine sont Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz, Jean et Wendelin de Spire ou Nicolas Jenson, qui pose les bases fondamentales de son art : contrastes entre les pleins et les déliés, harmonie entre les capitales et les minuscules, simplicité des formes.


Les XVIe et XVIIe siècles — l'âge d'Or


caractères d'Alde Manuce
Alde Manuce




manifeste de Geoffroy Tory : le Champfleury
le Champfleury
Geoffroy Tory, 1529


caractères de Claude Garamond
Claude Garamond, 1533


caractères de William Caslon
William Caslon, 1734

Dès la fin du XVe siècle, l'imprimerie est une véritable industrie.

Alde Manuce, un imprimeur italien, crée le livre à bon marché, de petit format et à fort tirage. Afin de permettre une impression rapide et à moindre coût, il dessine à cette occasion un caractère spécifique, à la forme inclinée, qui conserve une belle qualité de lecture même en petit corps. C'est la naissance de l'italique.

La typographie s'appuie désormais sur la géométrie et l'anatomie (les formes des caractères sont en effet des transcriptions des proportions du corps humain), comme en témoignent les traités de Luca Paccioli, d’Albrecht Dürer ou de Geoffroy Tory.

    Geoffroy Tory (1480-1533) s'engagea dans les deux grands défis culturels de son temps : l'avènement de la langue française, alors langue vulgaire, ("doncques j’escripray en françois selon mon petit stile et langage maternel"), et la mise en forme des règles d'écriture et d'imprimerie. Il introduisit en France l’usage de l’accent aigu, de l’apostrophe et de la cédille.

    Son ouvrage majeur, le Champfleury, paraît en 1429, est un traité "auquel est contenu l’art et science de la deue et vraye proportion des lettre attiques, qu’on dit autrement lettre antiques, et vulgairement lettres romaines proportionnées selon le corps et le visage humain".

    Il meurt peu après sa nomination au titre d'imprimeur du roi et de libraire juré de l’Université.

Claude Garamond est le plus représentatif de cette évolution : il crée un caractère romain parfaitement équilibré, précis et d'une qualité de lecture inégalée. Le Garamond (les caractères portent souvent le nom de leur fondeur) reste encore très utilisé de nos jours.

Vers 1535, s'engage en France un grand mouvement d'organisation de la langue romane française, mené par Ronsard, Etienne Dolet, Clément Marot. À leur suite, les typographes normalisent les alphabets (lettres, accentuation, ponctuation) et suppriment l'essentiel des ligatures et des contractions héritées des copistes. Défense et illustration de la langue française par Joachim du Bellay, 1549. Le latin trouve refuge dans les Universités.

La typographie devient un métier à part entière. Manuce, s'il dessinait lui-même ses alphabets, en confiait la gravure et la fonte à Francesco Griffo; l'imprimeur-éditeur Estienne commandait ses caractères à Garamond. Robert Granion ou Christophe Plantin réalisèrent des centaines d'alphabets pour tous les imprimeurs ou princes d'Europe.


Le XVIIIe siècle – l'aboutissement


caractères de Firmin Didot
Firmin Didot


caractères de John Baskerville
John Baskerville, 1772

La typographie atteint à cette époque l'équilibre parfait entre la technique et l'art : des proportions idéales, une élégance de forme, une pureté de lignes et de composition… La typographie devient un véritable écrin pour le texte.

L'école anglaise domine le siècle : John Baskerville, William Caslon, pour ne citer qu'eux, signent des alphabets remarquables.

En France, Pierre-Simon Fournier ou Firmin Didot exécutent des caractères de grande tenue.

Mais le maître de l'art typographique en Europe est sans conteste Giambattista Bodoni, tant pour les alphabets que pour les compositions. Les plus grands noms du continent lui commanderont ses ouvrages. Il laissera à la postérité un Manuale tipographico qui fait encore autorité aujourd'hui. Le Bodoni est aujourd'hui le caractère par excellence de l'édition bibliophilique.

Le XIXe siècle – la décadence


traité de typographie de Stanley Morison
Traité de Typographie,
Stanley Morison, 1930


caractères de Paul Renner
Paul Renner, 1927

La révolution industrielle va donner à l'imprimerie des moyens techniques considérables. L'invention de la presse à cylindre en 1810 et ses nombreux perfectionnements engendrent des tirages de masse. Par exemple, le Times de Londres pouvait tirer jusqu'à 100.000 feuilles à heure. Mais la qualité n'est pas au rendez-vous : encres trop grasses, papier médiocre, impression irrégulière.

Le rejet des canons classiques aggravent la situation : le courant romantique préfèrent aux formes étudiées et rigoureuses des alphabets "modernes", d'un dessin approximatif et surtout, des mises en pages sans goût, alourdies par l'emploi de nombreuses typographies peu compatibles. Les grands bourgeois, hommes d'argent et d'affaires, privilégient la rentabilité et la facilité.

    “C’est à qui, dans les compositions, pourra présenter le plus odieux mélange de caractères de mauvais goût”
    V. Letouzay, in "La typographie".

Certains graveurs proposent cependant des caractères de belle facture : Clarendon (1845) Linn Boyd Benton (1888), ou la Cheltenham Press (1890). Sans être de grands alphabets, ils ont le mérite d'avoir su maintenir une lisibilité et une harmonie même dans de piètres conditions d'impression.


Le XXe siècle – le renouveau ?


caractères de Max Miedinger
Miedinger & Hoffmann, 1957

C'est le retour aux sources : la typographie se fait calligraphique, portée par le développement d'une société de l'image (bandes dessinées télévision, publicité, informatique, …)

William Morris en Angleterre et Peignot en France reprennent le flambeau de la belle lettre; Morris, en prônant un retour aux règles plus classiques des grands anciens, Peignot, en conjuguant ces mêmes règles aux expérimentations graphiques de l'Art nouveau.

Depuis les années 60, Le credo n'est plus "je lis" mais "je vois". Les créations sont innombrables, et parfois discutables; le design industriel s'empare de la typographie, Citons les travaux de Stanley Morison de la société Monotype, de Frédéric Goudy, d'Eric Gill ou de Hermann Zapf, qui posent les bases d'une écriture linéale, dépouillée, au graphisme épuré à l'extrême. On peut citer aussi Paul Renner (membre du Bauhaus), Max Meidinger ou Adrian Frutiger.



pour en savoir plus...
à propos des collections de l'Imprimerie nationale :
association pour la promotion de l'Art typographique
histoire et métiers de la typographie :
le Musée de l'Imprimerie de Lyon